En plans serrés sur une condition humaine extra-large, les toiles de Theo Appel font jaillir l’homme qui court et cherche en criant le sens de sa vie. De petits traits de peinture à l’huile répétés par milliers qui désaplatissent les aplats et fragilisent des personnages qui ne peuvent échapper à la vulnérabilité de leur existence, des couleurs sélectionnées et posées côte à côte les unes des autres avec une patte de graphiste, couleurs dont certaines d’entre elles, vitaminées, encapsulent l’énergie, des effets de lumières qui sculptent les personnages, le figuratisme de Theo Appel ne s’oublie pas : de près ou de loin, chaque tableau semble être en relief et prend vie. Le souvenir est prégnant une fois le spectateur retourné dans la rue ; des fragments d’hommes désassemblés qui pourraient surgir d’un film de Woody Allen nous suivent-ils ?

La peinture de Berhiss est tissée de bout en bout par un nouage complexe fait à la fois de poésie et de rigueur, de candeur et de lucidité. Comme si la puissance imaginale hors du commun de l’ancien paysan, simple cultivateur de la terre, avait trouvé dans la sobriété et le savoir-faire du plasticien un point de chute idéal, une sorte de terre promise. Toile, bois, céramique... l’espace de ses œuvres est recouvert de traits et de points répétés inlassablement, faisant surgir une poésie très subtile et un monde imaginaire qui n’a ni haut, ni bas, ni gauche ni droite. Le bestiaire fantasmagorique, les personnages zoomorphes ou les vagues végétales qui habitent l’esprit de l’artiste et peuplent ses tableaux semblent y danser en liberté, mais dans une maîtrise parfaite qui harmonise leur monde.

Comme derrière un grain mûrissant où il y a le refus d’elle-même de la terre hivernale, l’inquiétude de la naissance et la joie de survivre de nouveau au besoin, chaque pièce de Laurent Chabolle est un frémissement sous la mort. Le vivant est peint par les déchêts, le fer, le plastique, le bois... matériaux avec lesquels l’artiste se confronte, comme le paysan avec les éléments naturels. Laurent Chabolle utilise notamment la tôle de récupération qu’il peint avant de la déposer dans son jardin pour obtenir l’oxydation qui révèle la mémoire et la fragilité de la matière... - avant de la découper, coller ou souder. Le matériau est solide, mais semble bien plus fragile qu’une peinture, à l’image de ces paysages subdivisés en fragments. Le contraste entre la matière brute et l’extrême finesse du travail de peinture et de sculpture crée des œuvres d'une grande sensibilité où la tendresse se mêle à la poésie.


On reconnaît facilement la cosmologie de Pedro Castrortega, avec ses hommes ou ses femmes, ses animaux ou ses fleurs qui défient les lois de la gravitation, flottent dans l’espace du papier ou de la toile, et s’unissent de façon silencieuse dans des métaphores fantastiques. Le plus souvent avec des traits doux comme une caresse, mais aussi parfois humour, son travail est aussi une réflexion humaniste sur notre responsabilité envers la nature avec laquelle l’artiste entretient un rapport charnel.
Né en 1956, travaillant à Madrid, le dessinateur, peintre et sculpteur a été honoré par de nombreux prix en Espagne mais aussi à l’étranger. Il est régulièrement invité dans des foires internationales et des expositions prestigieuses.

Loin des principes académiques, avec des traits parfois presque exotiques voire japonisants, et une palette de couleurs qui évoque les œuvres majeures des maîtres de la peinture qui font partie de notre mémoire collective, Alexis Fraikin nous offre une élégance et une poésie très particulières, un art tout à fait intime... Avec la délicatesse de ces tons nostalgiques, le raffinement de juxtapositions de couleurs et de formes, et des jeux très subtils de transparences, ses natures mortes - souvent végétales - sont un paysage qui plongent le spectateur en pleine contemplation.


Dans la lumière - qu’il a apprise pendant dix ans en réalisant les tirages de photographes d’univers très variés (publicité, paysages, portraits...) - et le bruit des armes - il a fait ses premiers reportages sur le conflit israëlo-palestinien... un grand talent est né.
Un regard à la fois vif et posé, une surprenante juxtaposition de douceur et de force, le photographe Yves Gillard fait défiler devant nos yeux des pêcheurs au ralenti, des voies ferrées en attente, des paysages industriels saisis en plein silence, un enfant qui court seul sur la plage avec la force et l’imagination qu’ont les enfants... nous offrant un témoignage sobre et sensible sur des instants de vies à côté desquels on passe, sur une réalité troublante par laquelle on se laisse pénétrer de façon inattendue. Des photos intemporelles qui font la force des photos légendaires de G. Le Gray, H. Cartier-Bresson ou R. Doisneau.

“Mimouni rêvait d’être archéologue, il devint peintre.” En observant le travail de l’artiste, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une simple bifurcation tant ses œuvres paraissent débusquer “l’ailleurs”. On perçoit l’homme qui, inlassablement, s’engage sur les chemins ancestraux et interroge en même temps l’invisible. Le paysage incertain de ses peintures entre-deux rives et ouvert à l’imagination est peuplé de symboles comme la pirogue, l’échelle, le fagot ou le cercle... qui surgissent de façon récurrente. Une grande légèreté et une lumière très subtile qui semble provenir du ciel, des couleurs dont émane une force mystérieuse... peinture, collages et matières se combinent sur toile ou sur papier pour composer l’espace comme une partition. L’énergie créative du peintre est remarquable, son geste très riche, alliant à la fois un rythme très musical et une mémoire calligraphique venue d’Orient.

L’Homme, la superposition de ses vérités, de ses apparences ; le désert de ses solitudes, la vanité de ses espérances, l’inquiétude de ses interrogations... l’intériorité des personnages peints par Michèle Pilhan offre une force singulière. Des âmes dont elle dévoile l’errance et qui s’exposent sans pudeur dans une palette d’aplats aux couleurs contradictoires, d’immenses yeux exorbités... de tableau en tableau, les figures aux traits creusés ont un air de famille. Le silence qui les emprisonne est sans espoir mais semble sur le point de céder. Malgré leur commune incertitude identitaire, on a toujours l’impression d’avoir déjà croisés ces personnages quelque part. Parfois même, on est presque sûr de reconnaître l’un d’entre eux.
Ceux qui découvrent les peintures de Michèle Pilhan les gardent toujours dans leur mémoire


D'origine russo-belge, Françoise Schein a installé son atelier à Paris après avoir réalisé sa première installation cartographique sur un trottoir de Manhattan. Urbaniste de l'histoire, sculpteur, peintre et dessinatrice du sens, combattante humaniste, Françoise Schein est une artiste hors norme. Reconnue dans le monde pour ses stations de métro sur le thème des Droits de l'Homme (Paris, Stockholm, Bruxelles, Lisbonne, Berlin...), cette artiste a aussi initié des projets artistiques et sociaux singuliers au coeur des favelas de Rio ou dans des villages, quartiers ou banlieues défavorisés d'Europe. L'oeuvre monumentale et participative qu’elle est en train de réaliser à la station de métro Luz (lumière) avec 13 écoles des favelas de Sao Paulo est déjà une page d’histoire.